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Vendredi.
Au bout du fil, aujourd'hui, Abdoulah. C'est un Martien, vous allez vous en rendre compte.
Il a de la tchatche. Il habille notre échange de creux et d'inconsistant avec le
même savoir-faire que les deux tisserands des Contes d'Andersen.
- (Abdoulah) Ah
! Je vois que vous avez appelé déjà le 13 et le 14 février.
- (moi) Entre
autres, oui.
- (Abdoulah) Une
intervention est lancée. Depuis le 13 février. Cela peut demander 3
à 10 jours, Monsieur.
- (moi) Lancée
? Pour vous, ça veut dire quoi ? Qu'a donné l'intervention précédente
?
- (Abdoulah) Euh.
Celle du 31 janvier ? Elle est revenue sans défaut.
- (moi) Quand
?
- (Abdoulah) Le
1er février.
- (moi) Et
qu'a-t-on fait entre le 1er février et le 13 février ?
- (Abdoulah) Je
vous ai dit qu'on a lancé une intervention Monsieur.
- (moi) Oui,
vous m'avez dit : depuis le 13 février.
- (Abdoulah) Oui,
c'est cela Monsieur.
- (moi) Alors,
je vous demande : du 1er au 13 février, qu'a fait Télé 2 ?
- (Abdoulah) On
a lancé une intervention le 13 février, Monsieur.
- (moi) Mais
enfin, vous avez la trace de mes appels du 3 avec Bastien, du 4 avec Julien, du 6
avec Thao, du 7 avec Jean-Marc, puis Jimmy, Annick, etc., oui ou non ?
- (Abdoulah) Oui,
Monsieur, on indique tout dans le dossier, Monsieur, tous les appels, toutes les interventions.
Mais c'est pas Annick : c'est Anita.
- (moi) Je
vois que vous aimez la précision. C'est parfait, c'est Anita. Le 13 février.
Alors que s'est-il passé entre le 1er et le 13 février ?
- (Abdoulah) Eh
bien vous avez appelé le 3, le 4, le 6...
- (moi) Ce
n'est pas cela que je vous demande ! Qu'est-ce que Télé 2 a fait suite
à mes appels ?
- (Abdoulah) On
a lancé une intervention. Le 13 février.
- (moi) Vous
le faites exprès ? Vous voyez bien qu'il y a un trou de plus de 10 jours entre
le 1er et le 13 février. Alors je vous demande : Télé 2 a fait
quoi, pendant ce temps ?
- (Abdoulah) 10
jours ? C'est normal, une intervention peut durer 10 jours.
- (moi) Vous
êtes incroyable, vous ! Vous m'avez dit que l'intervention du 31 janvier s'était
achevée le 1er février. Elle n'a pas duré 10 jours.
- (Abdoulah) Non.
Mais celle du 13 février, il faut attendre 10 jours, Monsieur.
- (moi) C'est
un sketche ? Je vous demande une dernière fois ce qui s'est passé pour
ma panne, entre le 1er et le 13 février. Moi on m'a dit qu'il y avait eu une
autre intervention, le 4 février. Alors ma question c'est : puisque la première
intervention, celle du 31 janvier, est revenue le 1er février avec la réponse
« sans défaut », en dehors du fait, inexpliqué,
que Télé 2 a attendu 3 appels de ma part pour relancer une intervention
le 4 février, quand a-t-on obtenu une réponse à l'intervention
du 4 février, et laquelle ?
- (Abdoulah) Laquelle
quoi, Monsieur ?
- (moi) Quelle
réponse, nom d'un chien.
- (Abdoulah) On
n'a pas constaté de défaut, Monsieur.
- (moi) Alors,
si je comprends bien, Télé 2 effectue des contrôles de ma ligne,
considère que tout va bien, et attend que je rappelle et ça recommence
indéfiniment, et ...
- (Abdoulah) Excusez-moi,
Monsieur : je n'ai pas dit que tout va bien, j'ai dit que les techniciens ont dit
qu'ils n'avaient pas trouvé de défaut.
- (moi) On
se demande bien comment ils peuvent dire cela, sans venir s'en assurer à mon
domicile, mais...
- (Abdoulah) Nos
techniciens n'ont pas le droit de venir à votre domicile Monsieur. C'est la
partie de France Télécom.
- (moi) Ok,
on me l'a déjà faite celle-là. Alors revenons à notre
question initiale, au lieu de noyer le poisson.
- (Abdoulah) Je
ne noie pas le poisson Monsieur, je vous donne des précisions.
- (moi) Bien
sûr. Bien sûr. Alors je résume : l'intervention du 4 février
revient quand, avec la réponse des techniciens ?
- (Abdoulah) Le
11 février Monsieur.
- (moi) Bon.
On progresse ! Le 11 février. Un samedi, donc ! Les techniciens de Télé
2 travaillent le samedi. Quand le service téléphonique de Télé
2 est fermé. Je note au passage que personne ne m'a prévenu que c'était
ok pour les techniciens.
- (Abdoulah) Non
Monsieur. Pas que c'était ok : qu'ils n'avaient pas détecté de
défaut sur la ligne.
- (moi) Oui.
Je recommence : personne ne m'a prévenu qu'il n'y avait pas de défaut
sur la ligne, selon les techniciens.
- (Abdoulah) Si
: on a essayé de vous joindre 4 fois.
- (moi) Quatre
fois ? Le samedi 11 février ? Alors que j'avais prévenu que je serai
absent ?
- (Abdoulah) Non,
le 10.
- (moi) Parfait
! Ainsi, le 10 février, date à laquelle j'avais indiqué être
absent, on a tenté à quatre reprises de m'appeler pour m'annoncer le
résultat « pas de défaut sur votre ligne » que les
techniciens ont transmis le 11 février. C'est bien ça que vous me dites
? Vous réalisez que ça ne tient pas debout, j'espère ? Et tout
ça, vous le trouvez dans le dossier. Alors je vous demande : Télé
2 a fait quoi, à partir de là ?
- (Abdoulah) On
a déclenché une demande d'intervention le 13 février, je vous
l'ai dit.
- (moi) Oui,
après mon appel du 13 février après-midi. Et donc, vous me dites
qu'il faut attendre de 3 à 10 jours. Et moi, depuis le début, j'essaie
de vous demander de vous mettre à ma place : à chaque intervention -
quand elles sont engagées - Télé 2 indique que ça peut
prendre de 3 à 10 jours. Mais vous voyez bien que dès qu'une intervention
s'achève, vous attendez que j'appelle pour en redéclencher une. Alors,
le 23 février, il y aura 10 jours depuis celle du 13. Vous allez en relancer
une, et de nouveau 10 jours. Et ainsi de suite. Vous comprenez, ça ?
- (Abdoulah) Mais
ce sont des interventions pour la même panne, Monsieur. On le sait. C'est dans
le dossier. Il y a tous les détails.
- (moi) Vous
êtes incroyable, vous. Vous vous extasiez sur la qualité du dossier tenu
par Télé 2 ! Mais vous ne comprenez pas ce que je vous dis ? A
force de relancer des interventions, de 10 jours en 10 jours, ça peut durer
combien de temps ?
- (Abdoulah) Ben...
10 jours Monsieur.
- (moi) Vous
êtes une rareté, vous alors ! Je vais recommencer au début. Calmement.
Si on compte de la même manière, vous et moi, vous admettez que du 31
janvier au 17 février, déjà, il y a largement plus de 10 jours,
oui on non ? Puisque ça fait 18 jours...
- (Abdoulah) Oui.
- (moi) C'est
déjà bien : on compte donc dans le même système de numération.
Alors avançons d'un cran : il y a des chances pour qu'au bout de l'intervention
en cours - celle qui a commencé le 13 février - les techniciens vous
disent qu'il n'y a pas de défaut sur la ligne. Et ça fera 10 jours de
plus. On sera le 23 février, ou le 25 disons, à cause du week-end.
- (Abdoulah) Ah
mais non ! Ils ont déjà les résultats des interventions d'avant
: ils ont accès à tout le dossier. Alors ils vont pouvoir aller plus
loin.
- (moi) Excusez-moi,
Abdoulah, ne le prenez pas mal : mais c'est n'importe quoi, ce que vous dites. Puisque
vos techniciens ne savent qu'une seule chose, et qu'ils ne viennent pas vérifier
chez moi, ils vont forcément aboutir à la même réponse,
il n'y a pas de défaut sur la ligne. Et en plus, ils ont raison, il n'y a pas
de défaut sur la ligne, puisque le problème, c'est un paramétrage
qu'ils n'ont pas fait depuis le changement d'affectation de ma ligne au nouveau central
de ma ville.
- (Abdoulah) Ah
évidemment, si vous pensez que vous en savez plus que les techniciens. Mais
c'est plus compliqué que ce que vous croyez, Monsieur : au central il y a un
DSLAM et du DSLAM à votre prise de téléphone, c'est France Télécom
qui...
- (moi) Stop
! Stop ! Moi ce que je vois, c'est que vous me faites perdre mon temps. J'en suis
à douter qu'il y ait une intervention sur ma ligne actuellement.
- (Abdoulah) Ah
si !
- (moi) Bien
! Donnez moi le numéro de l'intervention.
- (Abdoulah) Ah
non ! Je n'ai pas le droit. C'est un numéro interne à Télé
2. Je n'ai pas le droit. Mon superviseur me l'interdit.
- (moi) C'est
qui votre superviseur ? Son prénom ?
- (Abdoulah) Je
ne peux pas vous le communiquer.
- (moi) Mais
bien sûr ! C'est Xavier ?
- (Abdoulah) Non.
Je ne peux pas vous le communiquer.
- (moi) Je
croyais que vous suiviez une procédure ? Ce n'est pas la même que celle
de votre collègue : l'autre jour il m'a donné le nom de son superviseur.
C'était Xavier le superviseur.
- (Abdoulah) Euh.
Ecoutez... je vais vous mettre en attente, je vais lui demander.
C'est surréaliste.
Pendant que je suis en attente, un message sur disque m'annonce que la communication a
trop duré, et que Télé 2 se voit contrainte de couper la communication.
Mais Abdoulah est un homme
de parole(s). Il me rappelle à peine deux minutes plus tard.
- (Abdoulah) Nous
avons été interrompus Monsieur. Excusez-moi.
- (moi) Alors
? Il dit quoi, votre superviseur ? Je peux savoir son nom ?
- (Abdoulah) Oui.
Il m'a autorisé à le dire : c'est Sébastien.
- (moi) Voilà
enfin un secret d'État révélé. Et le numéro de
l'intervention ?
- (Abdoulah) Ah,
ça je ne peux pas vous le donner.
- (moi) Je
rêve. On va laisser tomber le numéro alors. Il me reste une question
: on est bien d'accord, tout de même, c'est déjà la troisième
intervention demandée pour la même panne ?
- (Abdoulah) Oui,
c'est ça.
- (moi) Est-ce
habituel, rare, ou exceptionnel, qu'une panne nécessite 3 interventions successives ?
- (Abdoulah) Quand
une panne n'est pas réparée, on demande des interventions, c'est la
procédure.
- (moi) Et
à partir de combien d'interventions, donc au bout de combien de temps, Télé
2 va me dire : on ne sait pas ce qui se passe, on baisse les bras ?
- (Abdoulah) Ah
je vous rassure Monsieur, vous n'aurez pas à attendre trois mois, vous aurez
une réponse avant.
- (moi) Mais
vous êtes d'accord que je n'ai pas fait installer l'ADSL pour le plaisir de
faire travailler Télé 2 ? Je veux dire : j'en ai besoin dans mon activité.
Vous réalisez bien que pendant que je suis en panne, je ne peux plus profiter
de ma connexion ? Que je ne peux plus travailler normalement ?
- (Abdoulah) Écoutez...
Est-ce que vous souhaitez que quelqu'un suive votre dossier ?
- (moi) Ah
celle-là, c'est la meilleure ! Vous savez qu'on me l'a déjà faite
aussi, celle-là ? Vous allez me mettre entre les mains de Cyril, c'est ça
?
- (Abdoulah) Ah...
euh... je...
- (moi) Je
suppose que votre superviseur vous a fait signe, parce que ça dure trop longtemps,
et il vous demande de refiler le dossier à Cyril, le spécialiste de
la résiliation. C'est ça ?
- (Abdoulah) Ce
sera Cyril ou quelqu'un de son équipe. C'est pour que vous ayez une personne
unique pour suivre votre dossier.
- (moi) Et
il m'appellerait quand, Cyril ? Parce que la dernière fois qu'il devait m'appeler,
il n'a pas respecté notre rendez-vous téléphonique.
- (Abdoulah) Il
peut vous appeler avant 13h30 aujourd'hui, si vous pouvez.
- (moi) Parfait.
J'attends son coup de fil, à Cyril.
Voilà comment s'est
achevé mon échange avec Abdoulah. J'ignore encore pourquoi il s'est ingénié
à le faire traîner en longueur : je ne suis pas certain qu'il ait réalisé
que de toute manière, c'est son employeur qui paiera la communication, la sienne
comme la mienne...
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