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Trente-troisième épisode

« Stéphane »

17 mars 2006

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Je jure de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.
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Je vous avais prévenu hier : j'ai donné aujourd'hui un coup de fil à Télé 2. A 13 h 30.

Le plus compliqué pour moi, maintenant, quand j'appelle Télé 2, c'est de balayer à toute vitesse la liste de ceux qui m'ont répondu depuis le début de cette histoire, afin de savoir si je dois tout reprendre à zéro ou si je suis déjà en terrain connu.

Et le plus délicat, c'est de parvenir à distinguer le prénom de l'interlocuteur dès qu'il décroche. Je suis souvent obligé de le lui faire répéter :

  • (lui) Mon prénom ? C'est Stéphane, pourquoi ?
  • (moi) Parce que je n'ai pas compris quand vous avez décroché.
  • (Stéphane) Mais pourquoi avez-vous besoin de mon prénom ?
  • (moi) D'abord pour prendre note de notre conversation. Ensuite, c'est pour mon feuilleton.
  • (Stéphane) Votre feuilleton ?
  • (moi) Oui. Vous voyez, dans mon dossier, cela fait déjà plus d'un mois et demi que je suis en panne, et j'ai commencé à relater mes échanges avec le service de Télé 2 dans un feuilleton sur internet. Alors j'ai besoin de votre prénom pour raconter l'épisode d'aujourd'hui.
  • (Stéphane) C'est des menaces ? Ça ne me fait pas rigoler, vous savez.
  • (moi) C'est la meilleure, celle-là ! Parce que vous croyez que moi ça me fait rigoler, de poireauter depuis un mois et demi ?
  • (Stéphane) Il y a un technicien qui s'occupe de vous, je vois ça dans le dossier.
  • (moi) Oui, ça je sais. Mais depuis le 5 mars, aucune nouvelle de sa part. Alors peut-être pourriez-vous me dire où nous en sommes ?
  • (Stéphane) Non, je n'ai pas accès au dossier, c'est lui qui doit vous tenir au courant.
  • (moi) Quand ? Je vous redis que je n'ai aucune nouvelle depuis le 5 mars. Nous sommes le 17.
  • (Stéphane) S'il y a un technicien qui s'occupe de vous, c'est que cela va bientôt être réparé.
  • (moi) Bientôt ? Pour vous, c'est quand, bientôt ? Dans deux jours, une semaine, un mois, un an ?
  • (Stéphane) Une intervention a été demandée, donc c'est bientôt.
  • (moi) Sur votre fiche, on ne vous dit pas ce que ça représente « bientôt » en nombre de jours, chez Télé 2 ?
  • (Stéphane) Sur ma fiche ?
  • (moi) Ben oui. Vous voyez bien que vous me faites des réponses préparées à l'avance, qui deviennent de plus en plus inadaptées à la situation qui est la mienne. Elles sont indiquées sur votre fiche de protocole à suivre quand un rouspéteur appelle, non ?
  • (Stéphane) Pas du tout ! Je ne suis pas un mouton à qui l'on fait dire ce qu'on veut, figurez-vous.
  • (moi) Tant mieux, tant mieux ! Vous pouvez donc me donner une réponse sensée, avec des délais exprimés en heures ou en jours, que vous construisez avec une réflexion préalable fondée sur les durées habituelles d'intervention. Donc je vous le redemande : quand est-ce que ma connexion va être rétablie ? Et merci de ne pas me répondre comme un mouton à qui l'on fait dire ce qu'on veut.
  • (Stéphane) Ce n'est pas gentil ce que vous venez de dire, là.
  • (moi) Je ne me serais pas permis de le dire, si ce n'était votre propre expression, que j'ai reprise mot à mot.
  • (Stéphane) Oui, mais vous n'étiez pas obligé de la reprendre, cette expression.
  • (moi) En attendant, vous ne répondez pas comme un mouton, mais vous noyez le poisson...
  • (Stéphane) Hein ?
  • (moi) Exactement. J'attends votre réponse, moi. Quand ?
  • (Stéphane) Écoutez... euh... dans le dossier, je vois qu'il est prévu qu'on vous appelle le 17 mars.
  • (moi) Vous voulez rire ? Nous sommes le 17 mars !
  • (Stéphane) Oui, mais c'est prévu qu'on vous appelle.
  • (moi) Quel intérêt, puisque je vous ai en ligne ? Dites-moi ce que vous avez à me dire.
  • (Stéphane) Je ne sais pas, moi, ce qu'on a à vous dire.
  • (moi) Télé 2 a prévu de m'appeler, c'est écrit dans le dossier, mais ne l'a pas fait, et vous, qui êtes de Télé 2, vous ne savez pas ce qu'on a à me dire ? Ça doit être drôlement important, et j'imagine que c'est une personnalité importante de Télé 2 qui va m'appeler, alors. Allez ! Ne me faites pas attendre ! Qui est-ce qui va m'appeler ?
  • (Stéphane) Cyril
  • (moi) Je l'aurais parié ! Si je vous disais le nombre de fois où il devait m'appeler, le nombre de promesses d'interventions et de réparations qu'il n'a pas été capable de tenir, Cyril...
  • (Stéphane) C'est prévu pour aujourd'hui, je vous assure.
  • (moi) A quelle heure ?
  • (Stéphane) Entre midi et deux heures, c'est écrit.
  • (moi) Oui. Et quelle heure avez-vous ?
  • (Stéphane) Deux heures moins le quart.
  • (moi) Alors, il ne nous reste qu'une chose à faire : raccrocher, parce que Cyril pourrait être en train d'appeler, et après, il ne rappellera probablement que dans deux ou trois semaines, je ne voudrais pas qu'il rate la fenêtre de tir...

Il y a des jours où vous regrettez d'être aussi méchant. C'est le cas aujourd'hui.
13 h 55. Le téléphone sonne.
C'est Cyril. J'ai honte.

  • (Cyril) Il y a du nouveau ?
  • (moi) Vous savez bien que non. Vous m'appelez pour laisser une trace de votre bonne volonté dans le dossier, mais ma ligne, ça vous est totalement équilatéral, vous le savez bien.
  • (Cyril) Pas du tout ! Je voulais justement vous prévenir que France Télécom va intervenir lundi. Donc vous allez récupérer votre connexion lundi.
  • (moi) Vous avez perdu la mémoire ? Vous m'avez dit à peu près la même chose il y a trois semaines. Puis à nouveau la semaine suivante. Vous enfilez les bobards comme d'autres enfilent les perles. Il faut arrêter de me prendre pour un crétin : ça me ridiculise complètement dans mon feuilleton.
  • (Cyril) Votre feuilleton ?
  • (moi) Laissez tomber, vous ne pouvez pas comprendre, vous m'avez déjà dit que vous n'aviez pas accès à internet, chez Télé 2.
  • (Cyril) Je vous rappellerai lundi pour voir si c'est ok. Lundi à 18 h 00. Entendu ?
  • (moi) Parfait. Lundi à 18 H 00. Je ne risque pas d'oublier, 18 h 00, c'est comme l'horaire de mon rendez-vous chez mon avocate ce soir.

Si au lieu de raconter mon feuilleton à la queue-leu-leu j'avais un tant soit peu investi dans un système de gestion de contenu, comme le font aujourd'hui les blogueurs du monde entier, je vous proposerais ici un simple sondage : quels sont ceux qui pensent que ma ligne va être rétablie lundi ? quels sont ceux qui parient que non ? quels sont ceux qui pensent que j'ai des chances de pulvériser le record de 180 jours de Free ?

Mais je ne connais que le HTML très basique. Les frames, c'est la limite de mes possibilités.

Je me demande si je ne vais pas demander à un de mes lecteurs de lancer ce sondage sur l'un des forums qui me font l'honneur de consacrer quelques lignes à ce feuilleton.

En attendant, je vous résume mon entretien avec l'avocate.
L'assignation est « dans la seringue », et Télé 2 fera comme les petits copains : incapable de respecter ses obligations contractuelles il subira la jurisprudence, bien assise aujourd'hui, et devra prendre en compte non seulement les frais que j'ai exposés mais aussi les dommages et intérêts, avec astreinte financière pour chaque jour de retard.

Je m'étais engagé à reverser ces sommes à Rodolphe Deschamps, le freenaute poursuivi pour diffamation. Or non seulement il ne m'a pas répondu, mais en plus il a obtenu que son affaire soit classée sans suite. Il n'en a plus besoin, et tant mieux pour lui !

Lecteurs, n'hésitez surtout pas à ouvrir un forum pour me suggérer des utilisations astucieuses de cette manne : je vous promets que je n'en tiendrai aucun compte...

 

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