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Trente-quatrième épisode

« Le nez de Pinocchio »

20 mars 2006

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Je jure de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.
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J'admets volontiers que le titre de l'épisode est stupide, et dévoile la chute.
Si vous avez un titre plus malin à me proposer, n'hésitez pas, et débrouillez-vous pour me le faire savoir.

Oh ! je sais. Vous allez dire que je n'ai prévu aucun moyen pour me contacter.

Faites preuve d'imagination, que diable !
Balancez un message sur un forum. Ouvrez un site dédié à la critique du feuilleton. Complétez les six chiffres manquants du numéro de téléphone que je vous ai donné dans les premiers épisodes. Découvrez mon numéro Skype-in. Je ne sais pas moi !

Au pire : concentrez-vous intensément, et transmettez-le moi par télépathie. Voire par Télé2-pathie.

Cyril doit vraiment être sûr de lui, aujourd'hui ! A 18 h 00 précises, le téléphone sonne.

Prévoyant, j'étais passé rendre visite dix minutes plus tôt à mon modem, au sous-sol. Le voyant clignotait d'une manière tout-à-fait banale, me confirmant que la panne se portait toujours aussi bien.

  • (Cyril) Alors ? Y'a-t-il du neuf, sur votre ligne ?
  • (moi) Du Neuf ? Certainement pas... je préférerais du Télé 2.
  • (Cyril) Ah ? Ça ne marche pas ?
  • (moi) A votre avis ?
  • (Cyril) ...
  • (moi) Eh bien non ! C'est toujours sans synchro. Vous savez, si vous comptez sur la magie...
  • (Cyril) Ce n'est pas de la magie. Nous venons de faire le point avec les opérateurs, et donc, euh...
  • (moi) Donc quoi ? Ils vous ont dit que ça marchait, les opérateurs ? Alors ce sont des menteurs.
  • (Cyril) Non, non. Ils n'ont pas dit ça. Mais ça devait être mis en service aujourd'hui. Lundi, ils nous ont dit.
  • (moi) Oui. Et nous sommes lundi.
  • (Cyril) Lundi, ça peut être le matin, l'après-midi, le soir ou même la nuit, vous savez.
  • (moi) Oui, oui. Bien sûr ! Là déjà, c'est sûr que pour aujourd'hui ce n'est ni le matin, ni l'après-midi. Pour le soir, ils ont intérêt à faire vinaigre. Pour la nuit, ils ont encore leur chance. Mais des lundis, je vous rassure, il y en aura d'autres. Il y en a un pratiquement chaque semaine. Prenez votre mal en patience. Moi vous voyez, je ne suis même plus étonné. Alors détendez-vous !
  • (Cyril) Mais je vous assure que...
  • (moi) Ce qui est bien avec vous - ne le prenez pas mal - c'est que vous êtes capable de m'assurer des tas de choses avec une assurance - c'est le cas de le dire - absolument inébranlable, et que même devant les faits vous refusez avec aplomb de reconnaître que vous ne me racontez que des bobards.
  • (Cyril) Mais pas du tout, je...
  • (moi) Attendez ! Ne vous vexez pas ! Je ne prétends pas que les bobards, c'est vous qui les inventez...
  • (Cyril) Ah ça, non !
  • (moi) Je le reconnais volontiers : votre tâche est ingrate. Votre équipe doit ramer, quand même, pour trouver à chaque fois quelque chose à me dire que je puisse faire semblant de croire...
  • (Cyril) On n'essaie pas de vous faire croire...
  • (moi) Allons Cyril ! Il y a un moment où il faut accepter d'être enfin raisonnable. Près de deux mois après la panne, quatre semaines après que je vous aie moi-même indiqué d'où venait le problème, même le plus crétin de vos clients - moi, en l'occurrence - ne peut plus croire un traître mot de ce qu'on vous dit de me dire. Admettez-le, et voilà ! En définitive, c'est vous qui me faites de la peine maintenant, alors j'essaie de vous remonter le moral, vous voyez bien.
  • (Cyril) Oui, oui, je vois. Mais il se pourrait bien que la connexion se rétablisse dans les heures qui viennent, vous savez.
  • (moi) Bien sûr ! bien sûr ! Je ne veux surtout pas vous contrarier, je vois bien que vous prenez cela très à cœur, et c'est tout à votre honneur. Que la connexion se rétablisse ! Et vous aussi, par la même occasion. Alors bonne soirée !

Vous admettrez que je suis plutôt sympa avec ce pauvre Cyril, que j'ai senti désespéré. Mes paroles lui auront remonté le moral, j'en suis convaincu. Rien ne me fait plus plaisir, quand dans une journée j'ai l'occasion de remettre sur la voie de la sérénité les âmes sensibles qui perdent pied. Aujourd'hui, j'ai le sentiment du devoir accompli.

Pas tout à fait quand même : il reste un peu moins de six heures pour assister au miracle.

Des soirées comme celles-là sont rares : il faut savoir en goûter chaque instant, en égréner chaque minute, en distiller chaque seconde. Ça tombe bien : on diffuse « Milou en mai » sur TV5-Monde, il est prévu que cela se termine à minuit moins deux.

Je vais me faire une soirée « omelette aux herbes - Milou en mai - ADSL Télé2 - Champagne », je ne vous dis que ça !

J'adore TV5-Monde. Repu par mon omelette, j'essaie d'oublier la fin du film que j'ai déjà vu trois fois, pour avoir la surprise. En pleine campagne de manifestations anti-CPE, je trouve ça bien vu de la part de TV5-Monde de diffuser cette chronique bourgeoise d'un mai 68 vécu dans la France profonde. Miou-miou, Piccoli, Carette, Berléand... ah ! quelle soirée !

Nom d'un chien ! Le générique de fin !

Je me précipite vers les marches de l'escalier du sous-sol, et je m'y assieds, une coupe à portée de la main, la bouteille tout juste sortie du réfrigérateur, peut-être un peu trop frappée, mais bon ! on ne va pas faire la fine bouche.

23 h 59... le voyant clignote encore.

Je retiens ma respiration. Mes mains sont moites. Je dois essuyer mes lunettes, couvertes de sueur.

Encore 15 secondes...

Dans la cuisine, juste au-dessus de l'escalier, j'ai réglé le transistor sur France-Inter, et j'ai monté le son pour pouvoir entendre les « quatre tops ».

«... top... top... top... top »

Il est minuit. Les infos sont annoncées sur France-Inter.
J'écarquille les yeux.
Mais le modem clignote toujours.

On est mardi, maintenant ! Réveille-toi, modem, bon sang de bonsoir !

Peut-être faut-il le resetter, depuis plus d'un mois qu'il clignote !
J
e me rue sur le modem. Je l'éteins. J'attends cinq secondes. Je le rallume. J'attends.

Le premier voyant s'éclaire : c'est le courant.
Le second voyant s'éclaire : c'est la ligne.
Le troisième voyant, c'est la synchro : attention... attention...

Purée de b.... de m....! le voyant clignote !

La synchro n'est toujours pas revenue. Il doit bien rigoler Cyril. Il s'est bien foutu de moi !

C'est pas ce soir que je vais me saoûler au champagne, moi...

 

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